Le quart d’heure de célébrité, prémisse à la vérité

S’exposer sur Internet, dans les moindres recoins de son intimité. Exhibitionnisme de la posture ? Hystérie généralisée ? Montée en puissance de l’individualisme contemporain ? Toutes ces questions sont dignes d’intérêt. Mais ce qui explique présentement mon insomnie, c’est cette intuition simple : sans les petites conversations web autocentrées, pas de grande conversation, d’information, d’interprétation ordonnée du réel, de vérité sur Internet. Et partant, de vérité dans la réalité médiatique, c’est-à-dire dans l’espace public, au sens traditionnel du terme.


Le culte de soi est nécessaire sur Internet pour qu’une forme de vérité puisse poindre. Chaque jour, des microdébats « vie quotidienne » ont lieu sur les réseaux sociaux. Ils mènent parfois à des querelles d’ego, les « clashs » sur Twitter. On discute du dernier film à la mode, de l’album qui vient de sortir, des nouveautés beauté, des bugs amusants sur les sites Internet ou des âneries dites par untel ou tel autre. Beaucoup de babillages et de bisbilles, en somme.

Mais avec Internet, chacune de ces niches de discussion n’est plus isolée, comme c’est le cas dans une cour de récré ou devant la machine à café. « Décloisonnement de l’espace conversationnel », pour citer l’élégant Dominique Cardon dans La Démocratie Internet. Ainsi l’expression d’un ego plus développé que les autres devient visible. Sans que cette visibilité n’induise nécessairement l’intérêt de tous.

Alisa Chiraponsge, était une jeune blogueuse mode thaïlandaise aka « gnarlykitty ». Ses propos publics présentaient un intérêt particulier, très loin de l’intérêt public général. Internet lui permettait de s’exposer, comme on se dore la pilule au soleil. Mais lors du coup d’Etat contre Thaksin Shinawatra en 2006, elle s’engage dans les manifestations contre le nouveau gouvernement et poste des photos de chars, reprises dans le monde entier. Là voilà entrée dans le « reportage d’idées », tel que le décrivait Foucault… (Un peu à l’insu de son plein gré, tout de même). Là voilà qui pénètre dans la grande histoire.

Pourquoi ses photos ont-elles été reprises et ne sont pas restées dans les limbes de l’oubli Internet ? Parce que sa communauté de blogueuses mode était suffisamment grande, pour qu’en son sein, il existe un médiateur de l’information, autrement dit une source, voire un journaliste intéressé par la mode.

Ainsi, ces conversations qui grouillent sur le web et  qui paraissent si futiles aux yeux de la plupart, ont-elles un intérêt bien plus grand que présupposé. Car au moment où le petit soi rejoint le grand débat général et la marche de l’histoire, il peut ainsi gagner l’attention commune. Pour que le petit soi porte ses fruits et amène le changement, il faut qu’il sorte du huis-clos conversationnel classique. Or à cette fin, il lui faut la carotte de l’exposition, de la médiatisation. La carotte du quart d’heure de célébrité d’Andy Warhol est donc un prémisse à l’émergence de la vérité dans l’espace public recomposé.

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Un commentaire to “Le quart d’heure de célébrité, prémisse à la vérité”

  1. Ca mériterait de passer sur ton autre toi.

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