Je me sens comme Marylin. En moins bien.

Lettres, poèmes, morceaux de journaux intimes : Marylin Monroe, une intellectuelle méconnue, se livre dans Fragments. J’ai couru l’acheter à la Fnac aujourd’hui, n’en ai lu que quelques bribes. Je me sens déjà comme Marylin. En moins bien.

Tout cela a dû commencer à l’adolescence. En classe de troisième. Au moment où j’ai voulu séduire le beau garçon ténébreux qui semblait s’emmerder, près du radiateur au fond de la classe. J’ai compris qu’en baissant les yeux et en ayant l’air vaguement ingénu, j’attirais son attention. Ma meilleure amie a organisé une fête et le cowboy et moi, on s’est embrassés. Tout a débuté sur un cliché.

Il m’a fallu apprendre l’art de l’œil de biche, pour devenir sa première ennemie. Et pour continuer de séduire.

« Avec des cils comme des cheveux / des cheveux en accroche-faon / Et seulement le bout des yeux / Qui triche ».
Jacques Brel

Je suis devenue plus blonde. J’ai laissé pousser mes cheveux. J’ai jeté mes tee-shirts Decathlon. Je me suis habillée comme une minette. J’ai porté des chaussures à talon. J’ai copié la diction des présentatrices de télévision. J’ai arrêté de bouffer des tonnes de Nutella. Je me suis disputée avec ma mère. Seule dans ma chambre, sur ma petite chaîne pourrie, j’ai monté le son. Je suis devenue ce que je suis : blonde, 85B, taille 36.

J’achevais ma mue quand j’ai fini par décrocher une maîtrise de philo. Sentant que le métier de professeur serait trop statique, j’ai bifurqué vers le journalisme. J’ai passé les concours. Je suis entrée dans l’école la plus réputée.

Là, comme ailleurs, il a fallu se battre pour montrer que je n’étais pas écervelée. Que ma vulnérabilité et ma dépendance au regard des autres n’étaient pas synonymes d’absolue légèreté.

Quand tu luttes pendant des années pour que l’on ne confonde pas le flacon avec le parfum (« pourvu qu’on ait l’ivresse »), tu finis par te fatiguer d’être toi-même. Parfois même, on te traite de salope, comme ça, pour rigoler, parce qu’on a trop bu. T’as beau te blinder, tu te demandes toujours s’il n’y a pas une part de vérité dans les attaques dont tu fais l’objet. Tu doutes, tu claques des portes, tu pleures comme une vieille merde. Et s’il n’y a personne pour te rattraper, tu perds pied.

Marylin, c’est l’archétype de la blonde névrotique (« déprimée folle », dit-elle d’elle-même). Elle incarne à la perfection la distorsion entre la représentation d’une femme candide et la profondeur d’une âme sensible. De là, cette tension dramatique dans son jeu d’actrice. Mais aussi une tendance à l’autodestruction qui a mal fini.

Le truc, c’est que contrairement à l’artiste je suis pas sûre du tout (mais alors pas du tout) d’avoir du talent. Si, peut-être pour être mère en fait. Mais je veux plus que ça et c’est là que ça devient problématique.

« Seuls quelques fragments de nous toucheront un jour des fragments d’autrui »
Marylin dans une lettre au psychanalyste Ralph Greenson.

J’aime à penser que ses fragments ont touché les miens. Et j’espère avoir touché les vôtres, un chouia. Je ne parle pas de vos bijoux de famille.

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