Ma fille, mon ADN, mon utérus

Robert Edwards, 85 ans, père de la fécondation in vitro vient d’obtenir le Prix Nobel de médecine. La FIV est entrée dans les mœurs. Aujourd’hui, personne ne conteste sa légitimité. Le débat se prolonge maintenant – et dérive parfois – vers les autres manières d’enfanter.

La Maternité pour autrui est légale dans certains pays, en cas d’utérus absent ou malformé. En France, les mères porteuses sont prohibées, « fût-ce à titre gratuit », précise une décision de la Cour de cassation de 1991. L’an dernier cependant, le Conseil d’Etat a proposé que « la situation juridique des enfants nés à l’étranger par recours à cette pratique soit aménagée, de façon que ceux-ci ne soient pas pénalisés par le fait que leurs parents d’intention ont eu recours à une pratique interdite en France. » En 2009, le Conseil d’Etat a donc avalisé implicitement le tourisme procréatif. Si toi, moi, nous, avons envie de nous faire faire des bébés chez les Ricains, on le peut. Ils deviendront nos rejetons sur le territoire français.

Autre matière à reproduction : l’utérus artificiel. Dans Le Meilleur des Mondes (Brave New World), Aldous Huxley évoque l’ectogénèse. En d’autres termes, la procréation d’un être humain dans un utérus artificiel. Une matrice en tout point semblable à celle de la femme. En 2005, Henri Atlan, médecin biologiste et philosophe, a prédit la possibilité d’un utérus artificiel dans un délai de 50 à 100 ans. Le « grossesse extracorporelle » pourrait donc devenir la norme. Imaginez les conséquences sur la définition de la maternité « qui deviendrait toute proche de la paternité », remarque fort justement Henri Atlan dans L’Utérus artificiel. Imaginez que des manifestations soient organisées pour l’abolition de la grossesse utérine classique, pour l’égalité des hommes et des femmes face à la reproduction !

En tant que mère, je veux aussi être une femme. Vous connaissez le refrain. Alors parfois, je me surprends à penser qu’il serait plus simple de laisser mon utérus définitivement vacant et de refiler le potentiel bébé à une mère porteuse, voire à un utérus artificiel. J’ai accouché de ma fille, Violette, il y a deux ans. Mon ventre ressemble aujourd’hui à un vaste chantier d’autoroutes chinoises : strié de vergetures en tous sens. J’ai passé une grossesse épouvantable. J’ai vomi et j’ai mangé comme quatre, durant les trois premiers mois. J’ai pris 23 kilos, m’a indiqué la balance. Et quand enfin, ma fille a respiré l’air libre, je me suis sentie un peu morte. J’ai baby-bluesé.

Pour une femme active, la grossesse est une période délicate et périlleuse. Etre enceinte à 28 ans, c’est se mettre des bâtons dans les roues. Ta carrière vient de débuter, mais ton « instinct » est trop fort. Ce bébé, tu le veux, coûte que coûte, vaille que vaille. Quitte à couper le cordon avec tes projets professionnels. Après la naissance de l’enfant, tu dois revenir au travail. Tu as pris un an de retard dans la vue. Tu dois reconquérir la maigre confiance que l’on avait mise en toi. Tu dois presque tout recommencer de zéro. Avec 23 kilos en trop et des valoches sous les yeux.

Et pourtant, jamais je ne ferai don de la possible vie en moi. Il est une expérience que les hommes et certaines femmes ne pourront jamais connaître. C’est un privilège que de pouvoir l’endurer. Sentir une âme poindre en soi, c’est renouer avec l’élan vital bergsonien. « La conscience est un trait d’union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l’avenir. » (in L’Evolution créatrice). Quand un enfant naît et que tu croises son premier regard, tu sens à quel point le lien que tu as tissé pendant ta grossesse est capital.

Que dire, en revanche, de ceux qui ne peuvent donner la vie naturellement (ou avec l’aide d’une FIV) ? Ceux-là qui s’aiment, mais ne peuvent enfanter une étoile dansante ? Je pense aux couples stériles, mais aussi aux couples homosexuels. Je sais que l’on veut tous que son sacro-saint ADN perdure à travers les siècles. Qu’il soit répliqué à l’infini et que des mini-soi inondent la planète. Mais il y a tellement d’enfants à adopter dans ce monde pourri. Tellement d’existences à tirer de l’oubli, qu’il devient superfétatoire de vouloir à tout prix qu’une partie de soi s’incarne. Avoir recours à une mère porteuse ou bientôt, à un utérus artificiel, c’est faire preuve de volontarisme. C’est infliger à l’intelligence des coups de boutoir, en ignorant son impossibilité de mettre au monde, conjuguée à l’existence de milliers d’enfants seuls en attente d’adoption.

Le seul contre-argument valable ici, ce sont les difficultés à adopter. Si d’ailleurs, les procédures ne sont pas facilitées, nous risquons à l’avenir de faire face à une fellation de Gestations par autrui. Voire une fellation d’utérus artificiels. Et je vous garantis que ça sert à rien de faire une fellation à un utérus artificiel. C’est pas le genre de truc qui amène à la procréation réelle.

One Comment to “Ma fille, mon ADN, mon utérus”

  1. « Malheur ! Les temps sont proches où l’homme ne mettra plus d’étoile au monde. »
    (oui, ça c’est pour dire que j’ai compris la référence)
    Très bel article.

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